kathy Maille - Raconte-moi une histoire (3)
kathy Maille - MEDIUM - TAROLOGUE
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"Terreur" Nocturne




Jacques R. s’était réveillé de son cauchemar à quatre heures du matin. Il était resté un long moment immobile, les paupières closes, à savourer le fait qu’il était toujours vivant.

Jacques est un homme de 47 ans. Séduisant, très charismatique, il travaille pour un grand groupe international. En plus de ses responsabilités professionnelles, il donne beaucoup de son temps au syndicat et à la politique. Sa famille, ses amis, ses adversaires n’ont que du bien à dire de cet homme droit, talentueux, volontaire, toujours au service d’autrui.

Pourtant, il existe une faille chez cet homme.
Dès qu’il regarde un film de fiction, un documentaire sur la Révolution française et plus particulièrement sur la période de la  «  Terreur » son comportement change. Il tient des propos agressifs pour ne pas dire odieux.

Pourquoi tant de colère se demande sa fille aînée, et cette façon qu’il a de brandir un sabre imaginaire, de mimer une scène de décapitation, en murmurant ces mots terribles – Slach ! Je te couperais la tête à tout ce monde-là ! - Elle se décide à parler à ce père au comportement si déroutant. Tous deux sont en profond désaccord sur cette période de l'histoire car, pour elle, rien ne justifie l’exécution d’une partie de la population française, rien ne justifie le meurtre de 300 000 vendéens et elle ose lui affirmer qu’il y a eu génocide. À la question qu’elle lui pose  – Penses-tu que si tu avais vécu à cette époque, tu aurais pu participer à cette horreur ? - Jacques détourne le regard, et lui avoue que dans d’Autres Temps, il avait peut-être effectivement été un grand révolutionnaire de « la Terreur ». Conviction, provocation de sa part, sa fille n’affirme rien. Ce qui ressemble à une confession de son père « à  travers les âges » ébranle cette toute jeune fille, car elle-même, depuis l’enfance, est convaincue d’avoir vécu en Vendée sous la révolution. Depuis cette explication père-fille, ils n’étaient ni l’un ni l’autre revenus sur le sujet et Jacques avait cessé de provoquer sa fille, allant même jusqu’à abandonner le syndicat et la politique.

... Depuis le réveil, Jacques ne peut effacer la sale impression que lui a laissé son cauchemar. Le soir venu, il retarde le moment d’aller se coucher et lance à la cantonade que la nuit précédente il avait fait un terrible rêve. Chacun se fait attentif autour de lui. Cela ne lui ressemble pas, à Jacques, de raconter un mauvais songe. Quand sa femme ou ses enfants se prêtent à cet exercice, il ironise toujours. Encouragé par les siens, Jacques raconte comment un objet non identifié froid et métallique était venu le frapper à la gorge, le décapitant. Il raconte encore que, de ses mains, il avait  cherché à récupérer sa tête, sans succès et enfin, comment d‘autres mains que les siennes, des mains de femmes, avaient recousu sa tête sur son corps tandis que des voix murmuraient,  – Une décapitation, mon Dieu, le pauvre, c’est atroce, c’est atroce ! – Et puis plus rien, le vide sidéral, le réveil brutal, la joie incroyable d’être vivant, mais aussi cette panique du corps qui a peur de mourir… Sa famille, horrifiée par le récit, le rassure en déclarant que de nos jours en France on ne meurt plus par décapitation.

Huit jours plus tard, Jacques raccompagne chez lui un collègue en panne de voiture. Sur la route enneigée et verglacée La Grande Faucheuse l’attend dans le noir.
A-t-il eu le temps de la regarder dans les yeux ?
Le corps de Jacques, éjecté du véhicule, tombe désarticulé dans le fossé, tandis que la tête est projetée sur la banquette arrière.
Le montant froid et métallique de la portière l’avait décapité.
Quelques années plus tard sa fille renoue les fils du passé sur les terres de Vendée mais ça… C’est une autre histoire.


 


                                                         
                                                                  KRM (- texte protégé -mai 09-)


                             A Bientôt !























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